Bientôt, sur vos écrans, le film le plus terrifiant que vous n’ayez jamais vu. Toute une population de jeunes terrassés par le plus vilain démon de l’histoire: la crise existentielle. Vous ne pouvez y échapper, elle vous rattrappera toujours, où que vous soyez.
Vous perdez toute envie d’interaction avec le monde, toutes vos ressources, il n’y a plus aucune solution. Tout devient flou, vous vous perdez vous-même dans un énorme trou noir.
« Je ne vois plus le but de vivre, ça ne me donne plus rien. Je regarde le présent ou des choses qui m’arrivent et ce que je veux avoir, je ne l’aurai jamais. Et je regarde le futur, manqué comme de raison parce que je n’aurai pas su m’y investir. Je ne me sens plus capable de faire les choses. Je me vois, dépendant affectif, misanthrope, gêné, un perdant… [...] »
Comme bande-annonce, avouez que ça pourrait attirer beaucoup de monde. Personnellement, je trouve qu’on manque de ressources exploitables pour faire face à la crise existentielle. On a des infirmières qui viennent nous parler de la sexualité à chaque année, mais on en fait quoi de la dépression chez les jeunes? Comme si le suicide était moins important qu’une chlamydia.
« Prouve-moi que ça vaut la peine de rester. »
Parce que maintenant, il faut une raison pour accorder de l’importance à la vie. Où est l’optimisme dans ce monde où tout ce qu’on met en première page du journal ce sont des images de guerre et de tristesse? On nous demande de voir la réalité telle qu’elle est, tragique. La seule chose qui n’a plus de valeur aujourd’hui, c’est celle qu’on accorde à l’argent. On devrait peut-être mettre un prix à la vie. Cent dollars pour naître, et deux-cent dollars pour avoir le droit de vieillir. Un loyer sur le corps que tu emprunte pour vivre ta vie.
La vie a une valeur, mais elle ne s’exprime pas en dollars. Lorsqu’on commence à se demander si la vie a un but, on arrive automatiquement à la réponse non. C’est inévitablement vrai, cependant. Nous existons hors de toute logique. Mais lorsqu’on se demande «à quoi bon?», c’est là que notre propre vie perd tout son sens. Nous avons des buts et des rêves. Et certains n’y voient pas l’intérêt si la conclusion à tout ça, c’est mourir et que le cycle recommence. Pourtant, on a droit à chacun notre propre conclusion. Notre vie, notre existence a le sens qu’on veut bien lui donner.
Le courage que ça demande pour tirer sur la corde, pour lever le pied au-dessus du vide, est-il équivalent à celui que ça prend pour faire face à la vie elle-même? Parce que rien n’est facile, et c’est le message qu’on veut envoyer à nos jeunes dès le plus jeune âge. Il faut connaître ses limites. Ne pas se fixer des buts trop hauts. Parce que c’est difficile de remonter la pente.
Mais qu’en est-il du dépassement de soi? Est-ce qu’on nous apprend vraiment à avoir confiance en soi? La crise existentielle consiste, selon moi, à se demander au bout du compte, ce qu’on vaut et à quoi ça sert. Il faut non seulement le courage de vivre, mais les capacités de le faire. Et chacun, on les a, sinon on n’existerait même pas. Demandez à quelqu’un de dépressif ce qu’il a fait de bon dans la vie, ses talents, ses qualités. Pourra-t-il en nommer une seule?
Enfoncés très loin dans la dépression, de quoi ont peur ceux qui en souffrent? De ne plus en ressortir, ou finalement, que tout redevienne normal? Il y a une différence entre la réalité et le monde parallèle dans lequel on se plonge dans cet état? Plus creux vous êtes, moins vous avez le courage d’en ressortir.
J’ai appris qu’on a retrouvé un garçon d’une vingtaine d’années mort dans le garage du copain de ma soeur. Il s’est pendu. Ma soeur est sortie de chez moi en pleurant. Coïncidence, j’étais en train d’écrire cet article.
J’ai appris que ce garçon s’est suicidé. Tout ce que j’ai trouvé à dire: « Es*i que le monde est cave. » Je donne présentement à cet article on tournant plus personnel. Ce que je ne voulais pas au début. J’ai cependant l’impression d’avoir mis plus de temps à cet article qu’à n’importe quel autre. Choisir mes mots, choisir les liens, ce qui peut ou ne peut pas être dit.
J’ai donné mon opinion très directe sur le suicide à un ami, sans me censurer, à coeur ouvert, sur le choc du moment.
« Le suicide, ça ne me fait pas pleurer. Je trouve ça ridicule. Je trouve ça épais. Je ne respecte pas l’acte accompli, mais si j’ai l’occasion de dissuader quelqu’un, je vais le faire. Je tiens beaucoup aux gens. On n’a pas toujours l’occasion de prouver combien on tient à eux. Y’en a qui ne le sauront jamais. Qu’est-ce qui vaut plus la peine? De vivre, de rencontrer des gens, pleurer et même rire. Ou bien rien du tout? Parce que présentement on a tout. On peut tout faire. Mais mort, on ne peut rien. »
Et après la réplique de mon ami:
«On ne sais pas. Je crois personnellement que la mort nous apporte en effet la fin. Pas d’esprit, pas de dieux, pas de survivances quelconque. Ce qui donne envie de ce suicider, c’est ça justement. C’est le fait que lorsqu’on voit la vie qui n’apporte rien, on ne veut plus y rester, on ne veut plus continuer à vivre. À plusieurs reprises, la seule choses qui m’a gardé ici, c’est l’amour que je porte à une personne en particulier. Mais maintenant je me décourage.
En effet, il ne faut pas acclamer le geste. Même pas le respecter. C’est un geste lâche. Mais quand on est rendu à accepter le fait que les autres puissent penser ça de nous, mais que ça ne changera rien parce qu’on sera parti, il ne reste plus grand temps. C’est pour ça que ça ne m’a pas pris de temps pour tomber amoureux. J’avais besoin d’une accroche et elle a été la. Elle a été là, la meilleure amie que j’ai pu avoir et que j’ai toujours. Elle m’a aidé et a été là au bon moment. Maintenant, c’est mon accroche et à plusieurs reprises, elle a été la raison de ma présence le lendemain. Parce que même si tout va trop vite, même si je n’y comprends rien, la seule chose que je sais c’est que mardi je vais la voir et elle va, par sa simple présence, me donner un sourire. Je ne vois plus le reste, j’essaie de l’oublier le reste. »
Plus rien ne me reste à dire.
Cet article a été écrit avec la collaboration d’un mouton, d’un wombat et d’un bon ami. Karine, Gabrielle et Maxim. Il reste toujours en suspens. J’ai l’intention d’y retravailler. Soyez indulgents et donnez vos commentaires et suggestions.