J’ai écrit ce texte pour une rédaction en français. J’avais l’intention de le mettre en ligne beaucoup plus tôt, mais je croyais l’avoir perdu. C’est un des textes dont je suis le plus fière. Je ne le trouve pas super, mais j’y ai déposé des idées que j’ai envie de réutiliser. J’ai retrouvé le brouillon aujourd’hui, alors le voici;
Tous les enfants aiment leurs jouets. C’est difficile de décrire l’affection qu’ils développent envers la première poupée ou bien le premier camion. Camille, elle aime son bonhomme, Teddy, que lui a fabriqué son grand-père avec les restes d’une chemise déchirée. En le lui donnant, à ses huit ans, alors que son esprit devenait plus connaissant et sceptique, il lui a dit de ne jamais le refermer. «Il faut toujours croire en la magie,» a-il ajouté.
Mon père est mort aujourd’hui, ce matin. Camille n’a versé aucune larme. Elle est grande maintenant, elle a quinze ans. Mais tout le temps où nous étions à l’hôpital, elle a tenu Teddy très fort dans ses mains. Je la regarde à l’autre bout de la table à laquelle nous sommes assises depuis notre arrivée. Dans son visage, on croirait que rien ne s’est passé. Je ne comprends pas, en fait, parce qu’elle était plus proche de son grand-père que de moi, sa mère.
Camille reste silencieuse durant un temps. Elle regarde droit dans mes yeux et me lance ce sourire, que j’ai vu si souvent, mais que je n’ai jamais compris. C’est celui qui dit que tout va pour le mieux alors que tout semble chavirer. C’est le même que son grand-père faisait dans ces moments. Nous avons toutes les deux été élevées par ce même homme, d’une certaine manière. Il a pris soin de Camille comme un vrai père l’aurait fait. Je sais qu’avec lui, tout a toujours semblé magique. C’est ce qu’il nous a fait croire. En vieillissant, j’ai dû laisser mon esprit se refermer devant les épreuves qu’apporte l’âge adulte. Ce sourire qu’elle m’a fait il y a quelques secondes, il m’a fait repenser à cet imagination fertile que j’avais à son âge et à mon père qui ne l’a jamais perdue, lui.
Camille dépose Teddy sur la table. Elle en a fait un porte-clé. Je m’étonne toujours de voir combien elle y tient. Il n’est en fait pas si joli. Il a été usé avec les années. J’ai dû le recoudre plusieurs fois, le rouge du tissu a déteint et un des boutons lui servant d’œil s’est détaché. Probablement qu’aux yeux de ma fille, il est beau. Elle se met à appuyer sur le ventre du bonhomme, le seul endroit où il y a des petites billes. Elle n’en a jamais perdu, même s’il se déchirait. Elles sont dans un petit sac au milieu du coton qui rempli l’intérieur. Je n’ai demandé qu’une seule fois ce que c’était à mon père. J’ai lâché prise lorsqu’il m’a répondu que c’était de la poudre magique, de la poussière d’étoile. J’ai jugé qu’il préférait garder le secret entre lui et sa petite-fille.
Elle le reprend et le serre contre son cœur. Au même moment, elle me dit: «Il n’est pas vraiment parti. Il va toujours rester…» Je ne comprends pas vraiment ce qu’elle veut dire par là, mais je ne dis rien de plus. Nous restons en silence, moi, ma fille et Teddy, le vieux bonhomme.
Anaïs Oddou a dit,
juin 7, 2009 à 02:15
Je comprends pourquoi tu es fière de ton texte, et tu as bien raison !
Par ton écriture, les mots choisis, tu transmets une réelle émotion. A la fin, j’en avais presque les larmes aux yeux. Emouvant et touchant
Pedro a dit,
juin 7, 2009 à 12:31
Merci. J’attache une réelle importance aux mots que je choisi, en général. C’est ce qui fait un texte. Et c’est ce qui fait que mon livre avance très très lentement, parce que je mets beaucoup de temps à choisir les mots parfaits.
Gabrielle a dit,
juin 7, 2009 à 14:42
Je te l’ai déjà dit, je le répète:
J’adore ce texte.
Et comme présentement, j’ai l’impression de nager dans du jell-o, je vais arrêter ça là, sinon je risque d’écrire vraiment n’importe quoi.
Pedro a dit,
juin 7, 2009 à 15:00
«sinon je risque d’écrire vraiment n’importe quoi»
C’est déjà fait.
boudi a dit,
juin 28, 2009 à 04:55
Je suis forcé de grincer. Tu as beau choisir avec soin quels médicaments utiliser pour soigner le SIDA en Afrique tu ne peux jamais faire plus que ceux à ta disposition. C’est un peu pareil avec ton texte, c’est indigent, très pauvre. Tu devrais te reconvertir, être mendiante aux mots, les attraper selon la générosité d’écrivains talentueux qui les laisseraient filer de leurs poches tristes.
L’idée est déjà vue cent fois, la forme est infiniment convenue, c’est épuisant à lire. Pas comme Joyce est épuisant, pas comme s’il drainait toute énergie par les méandres, les chemins tortueux qu’il dresse, non, absolument pas, c’est davantage dans la léthargie qu’il épuise, dans le clame plat. C’est un désert de glace, sans dunes, sans steppes, sans taïga…
Pedro a dit,
juin 28, 2009 à 14:26
Boudi. Je clame le manque de culture du Québec. Je mets tout sur le dos de la société, de nos enseignants et de notre gouvernement si notre vocabulaire est si maigre.
Non. Même si c’est un peu vrai, pourtant. Étonnant, je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec toi, quand tu dis que c’est du déjà servi. J’y regarde de plus près. Mais mon style est quand même là. J’ai très peu d’attrait envers le sanglant.
boudi a dit,
juin 28, 2009 à 14:36
Le non-style n’est pas un style. C’est plat, c’est comme l’on écrit en CM2 (la fin de l’école primaire) quand on a une rédaction à faire. Il n’y a pas de style, ici. Joyce ce n’est pas sanglant. Gracq était un écrivain de l’immobile. J’ai un penchant pour la violence faite verbe pour les Céline, Chardonne, Kléber-Haedens, les Bloy, les Genet, les Rebatet.
Tu n’as véritablement pas de style mais c’est parce que tu es en construction intérieure, tu n’as pas d’identité définie, tu ne la tâtonnes pas encore, tu n’es qu’un doute. Ton style, le seul style que je peux te reconnaître ce serait d’être un immense point d’interrogation, tu es une ponctuation. Point.
Moi quand j’écris je veux du violent, que ça me fasse éclater les artères, c’est comme d’éjaculer, je sens mon sexe vivant, vifié, je crache des couleurs, j’ai le sang vapeur qui s’éparpille avec tout l’alcool captif, merde, c’est ça le style, c’est final comme disait Céline.
Pedro a dit,
juin 28, 2009 à 14:39
Mon style est une ponctuation. Je suis un grand point d’interrogation, selon toi, ou simplement? En quoi ça me défini?
Mais tu vois, tu me trouve tout de même des excuses.
boudi a dit,
juin 28, 2009 à 14:49
Tu es un grand point d’interrogation, c’est à dire que tu n’es qu’une foule de questions sans mots, juste le point d’interrogation tatouée sur la plume. Tu n’as rien à dire et tu le dis sans style.
L’excuse d’être inexcusable est ce encore une excuse chérie ?
Pedro a dit,
juin 28, 2009 à 14:53
Est-ce que ça l’a déjà été?
boudi a dit,
juin 28, 2009 à 14:57
DE quoi donc ?
Pedro a dit,
juin 28, 2009 à 15:01
L’excuse d’être inexcusable. Être inexcusable dépend de la personne qui t’excuse. Ça n’a jamais été une excuse.
boudi a dit,
juin 28, 2009 à 15:08
Non, c’est objectif.